Voici en résumé l'histoire de mes grands-parents Larivière qui m'a été raconté en grande partie par ma mère Gisèle Larivière et mes tantes.
1946, Waterloo est une petite ville en développement avec plusieurs petites usines et beaucoup de grosses familles francophones et anglophones. C’est dans un logement de la rue Lewis, une ancienne beurrerie où vit alors la famille Larivière alors composée de 6 enfants accompagnés de leurs parents. Wilfrid, père de famille âgé de 38 ans, travaillant à l’usine de bois de Waterloo (la plywood) un homme élancé originaire de Limoges (Ontario) avait eu de bons parents. Très jeune, en 3ème année, il avait quitté l’école pour aider financièrement sa famille et c’est à l’âge de 15 ans, qu’il devint bûcheron dans l’Ouest Canadien. Maintenant, il travaillait d’arrache-pied tous les jours pour subvenir aux besoins de sa famille et ayant comme juron ou patois : « Tonnerre de soda »
Germaine Grenier originaire de Granby (ville voisine), petite bonne femme soignée, était ricaneuse et bien en chair. Âgée de 33 ans, elle est enceinte de son septième enfant et comme toutes les mamans, elle voit religieusement à l’éducation et au bien-être de sa famille.
Germaine et Wilfrid se sont connus à Montréal quelques années auparavant. Tous les deux s’y retrouvait pour le travail, lui à la Dominion Glass et elle dans un petit restaurant de Verdun. Après seulement six mois de fréquentations, c’est dans la ville Granby qu’ils se sont mariés le 23 novembre 1929. Germaine a alors 17 ans et Wilfrid en a 22. Le jeune couple décide de s’installer à Waterloo puisque Wilfrid y a trouvé du travail.
Leurs premières années de mariage se passent dans la simplicité et le dur labeur! L’amour et le bonheur les accompagnent ainsi que leurs enfants, un petit nouveau arrive presque tous les ans.
C’est donc, le 10 mars de cette année que Wilfrid demande à ses enfants plus vieux de rester en haut à l’étage car (les Sauvages allaient venir battre les jambes de leur mère)! Un peu plus tard on vit arrivé le bon docteur Larose à la maison ainsi que Madame Poirier, voisine, sage-femme et bonne amie de Germaine. Wilfrid dans la pièce d’à côté attendait fébrilement durant l’accouchement qui se passait relativement bien! Après quelques heures de dur travail, Germaine donna naissance à son septième enfant, c’est avec émotion que Wilfrid entendit les premiers cris de leur nouveau-née, une belle petite fille qu’ils prénommeront Gisèle. Elle vient ainsi agrandir la famille déjà composée de 4 filles et de 2 garçons.
Wilfrid et Germaine déménagent souvent durant ces années mais toujours dans les mêmes environs, soit entre Granby et Waterloo en passant par les petits villages avoisinants. Germaine, mère dévouée, aime bien les fleurs, les géraniums en particuliers. On la voit presque tout le temps vêtue d’un tablier et a pour passe-temps: faire à manger à sa marmaille et ça même par les journées chaudes on le voit devant sa cuisinière au bois s’essuyer le front avec son tablier. Elle a à cœur le bien-être de sa famille. D’un caractère un peu moqueuse, elle adore rire! Soigneuse de son apparence et orgueilleuse pour les siens comme pour sa maison elle est une bonne mère de famille.
Wilfrid, travailleur acharné est un homme fier. Adorant jardiner, un été, son grand potager lui a mérité la mention du plus beau jardin de Waterloo. Très sympathique, avec beaucoup d’entregent Wilfrid aime beaucoup jouer aux cartes et adore la pêche! Il transmettra sa passion à ses enfants. Ce sont des parents assez sévères, Germaine voit à l’éducation, se fâche sur le fait du mauvais coup mais ça ne dure jamais longtemps tant qu’à Wilfrid, quoique moins sévère pour lui le respect dans la maison c’est important! Quand il lui arrive de donner une punition aux enfants c’est debout dans le coin et pas longtemps!
Nous sommes dans les années après la guerre et la famille Larivière comme presque toutes les familles au Québec vivent très pauvrement! Quand arrive la fête de Noël, Wilfrid bricole le bois pour les étrennes et Germaine commence dès les premiers jours de décembre à préparer la popote qui garnira la table de Noël! Un vrai festin composé de toutes sortes de choses aussi succulentes les unes que les autres.
Nous sommes en 1957 lorsque la famille de Wilfrid et Germaine déménagera une autre fois, cette fois-ci dans une maison située à Stukely Sud qu’ils loueront puis qu’ils achèteront. Dans ces murs, la famille vivra ses plus grandes joies mais aussi ses plus grandes peines.
Cette belle maison de campagne divisée en 6 très grandes pièces, a une belle grande galerie qui fait la moitié de la maison et se situe juste à l’entrée du village. La chambre que Gisèle partage avec ses sœurs est très grande, il y a 3 grands lits et un petit. L’école est voisine de la maison, quand les enfants jouent dans la cour d’école Germaine a le bonheur de les voir par la fenêtre.
1959, l’état de santé de Germaine n’est plus ce qu’il était. Elle a beaucoup de difficulté avec ses jambes, elle doit porter un pansement en permanence puisqu’elle a une de ses nombreuses varices qui a éclatées, causant un trou dans sa jambe duquel s’écoule un liquide tout le temps. Depuis quelques mois, elle a aussi des problèmes avec ses intestins, elle est très malade, elle garde Gisèle et Estelle à la maison pour l’aider les trois dernières semaines avant son départ. Gisèle s’occupe de sa maman le jour et Estelle la nuit. Le médecin découvrira qu’elle a une hernie étranglée et une opération rapide est impérative.
En ce matin froid de novembre 1959, Wilfrid fait venir ses enfants de l’école pour dire au revoir à leur mère qui doit partir pour l’hôpital. Les enfants sont tristes et inquiets de voir leur mère quitter pour plusieurs jours,
Malgré le travail des médecins l’opération n’est pas une réussite! Un hernie étranglée a empoissonnée Germaine et les dommages sont trop importants! En ce dimanche quelques jours après l’opération, les choses ne vont pas bien, Wilfrid amène au chevet de son épouse tous leurs enfants même les plus jeunes qui n’ont pas encore l’âge permis pour rendre visite dans les chambres d’hôpital. Le malheur s’abat sur Wilfrid et sa famille : C’est entourée de tous sa famille que Germaine décéda à l’hôpital de Granby le dimanche 29 novembre 1959 à l’âge de 47 ans.
En 1961, Wilfrid, maintenant âgé de 53 ans, part seul pour Montréal dans le but d’y trouver du travail. Sa sœur Maria voulant l’aider le mit en contact avec une jeune fille que Wilfrid avait fréquenté plusieurs années auparavant, avant sa rencontre avec Germaine. Laura Charade, une femme de petite taille, grassette, pas jolie et surtout pas du tout gentille! Elle est toujours célibataire et en dépit du refus de ses enfants, Wilfrid épousera Laura Charade dans la plus stricte intimité, sans qu’aucun de ses enfants soient présents au mois de mai 1961. Elle deviendra la belle-mère, c’est ainsi que tous les enfants la nommeront.
Quelques mois après mariage Wilfrid et Laura, les membres de la famille de Gisèle à France ainsi que Richard devront dire adieu à leur beau coin de pays dans les Cantons de l’Est pour aller s’installer à Pointe St-Charles, un quartier pauvre de la grande ville de Montréal.
Wilfrid s'occupera d'un dépanneur plusieurs années à Pointe St-Charles et la famille habitera au-dessus. Il vécut aux alentours de Montréal le reste de sa vie. Il deviendra très malade à cause de l'artériosclérose et décèdera le 30 mars 1982 à l'hôpital St-Luc de Montréal. Il aura été un papa et un grand-papa aimant. Longtemps sa présence nous manquera à tous.
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