Victoria est née juste avant la seconde guerre mondiale, qu'elle a connue de près. Les américains sont ceux qui lui auront fait découvrir les chewing-gum notamment. Anecdote de moments fugaces d'insouciance retrouvée dans ce contexte chargé de peurs et d'angoisses.
Cette période de sa vie qui l'a marquée ne l'a pas empêchée de porter en elle la joie de vivre, caractéristique principale de cette amoureuse de la vie tout autant que de sa famille.
Issue d'une famille polonaise par son papa et française par sa maman, Victoria a grandi dans une famille de mineurs de fonds dans le nord de la France. Entourée de ses 2 soeurs et 2 frères, Victoria a toujours entretenu de bonnes relations avec tout le monde. Il faut dire qu'à la joie de vivre qui l'a caractérisée toute sa vie s'ajoute l'importance de garder la paix dans ses relations aux autres.
Son enfance a été des plus traditionnelles avec une scolarité à l'école du "12", ce qui correspond au quartier dans lequel la famille habitait, et cela jusqu'à 13-14 ans. Après un court passage comme serveuse dans un bar, c'est le métier de couturière dans le domaine de la confection que Victoria choisit d'exercer.
Mais à 18 ans un jeune homme prénommé Simon, de 2 ans son cadet, arriva dans sa vie. Eux qui se sont rencontrés dans leur quartier, ils ont aimé danser dans les bals. Le fameux premier baiser a été échangé derrière l'Eglise ;) De cette rencontre est née une histoire qui s'inscrira durablement dans le temps, jusqu'à la fin. Comme pour appliquer la devise "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants". Car en effet, rapidement après leur rencontre Victoria est tombée enceinte, ce que sa mère ne supporta pas, jusqu'à demander à sa fille de quitter la maison. Elle trouva d'abord refuge chez la mère de son fiancé puis le couple s'est installé dans une petite maison de la citée "11" avant de donner naissance à leur premier fils, Daniel, le 13 décembre 1961. Leur amour a été officialisé par leur mariage le 28 juillet 1962. Avec la naissance de leur premier enfant le couple décide que Victoria élèvera ses enfants. Après Daniel, c'est Pascal qui arrivera le 15 juillet 1964, suivi de Claudine le 11 février 1967, elle-même suivie de Dominique le 3 janvier 1969 et enfin de Christian dit "Bébé" le 13 décembre 1971, 10 ans jour pour jour après la naissance de Daniel.
Si Victoria s'est essayée à la gymnastique étant petite grâce au CE des Mineurs de fonds, elle ne développa pas une passion pour l'exercice physique. Non, c'est le jardin qui aura sa préférence, potager, fleurs, orchidées, été comme hiver Victoria passait tout son temps libre à veiller sur son jardin l'été et celui d'hiver pour que toute l'année soit une source de joie auprès de ses fleurs.
Au début de leur union Victoria et Simon ont vécu en appartement. Mais très vite ils ont emménagé dans une grande maison, anciennement couvent de soeurs, où les enfants ont eu une jeunesse des plus équilibrante. Et puis la famille a de nouveau déménagé dans le quartier des Corons, cité 11, route de Béthune, maison familiale où vit maintenant sa fille Claudine.
Simon a commencé sa carrière professionnelle à la mine, puis dans les bâtiments du Génie Civil, pour finalement être recruté comme concierge à la ville de Lens. Ses nouvelles fonctions ont donné l'opportunité à la famille de s'installer dans un parc animalier, le parc des Cytises, dans lequel Simon travaillait et la famille s'épanouissait.
Enfin, ultime déménagement, la famille s'est installée Résidence Anne Franck toujours à Lens, où Victoria a vécu jusqu'au dernier au revoir.
Quel que fut le logis qui abritait Victoria et sa famille, elle rassemblait toutes les fois que c'était possible famille et amis. Cette véritable fédératrice aimait faire la fête, chanter, danser, entre autre sur les musiques de Kubiak, ce chanteur polonais qui lui rappellait ses origines. Même si elle ne les affichait pas spécialement, elle y était attachée. On les retrouvait d'ailleurs dans sa cuisine. Oui parce que c'était toujours autour de ses plats traditionnels qu'on retrouvait ceux qui l'aiment. Choucroute polonaise, kluski, bouillons aux légumes du jardins, Baba au rhum (plus rhum que baba;), Mokka, la cuisine polonaise a cela de délicieux qu'elle est consistante !! Il valait mieux faire beurrer ses tartines par Mamie Toria que par Papy qui allégeait considérablement la dose de beurre ;) Victoria, attachée à ses origines ne parlait pas la langue et n'était jamais allée sur les terres de ses ancêtres, même si elle en avait très envie.
Si la famille a toujours vécu à Lens, il y eu un autre lieu de regroupement familiale, la caravane à Cappy où Victoria et Simon sont allés pendant plus de 20 ans. Ce lieu était également l'endroit où se retrouvaient les petits-enfants, que Victoria et Simon ont eu au nombre de 10, à commencer par Maxence qui donna également des arrières petits-enfants à Victoria, Nawell et Anaé ; Alexis qui donna naissance plus tard à Sacha ; Alexandre papa de Jade ; Laurie maman de Ruben ; Valentin ; Margaux ; Amandine ; Louise ; Valentine et pour finir Anna. Les tablées ont fini par être grandes et Victoria fidèle à elle-même avec tous ses petits qu'elle appelait "mes petits crénus" pour leur tête aux cheveux bouclés ! Et oui, Victoria parlait patois 1ère langue !
Ce dont on se souvient quand on a été élevé par Victoria c'est une maman adorable, pleine d'amour et rayonnant la joie. Pour chacun de ses enfants elle préparait le plat préféré. Enfin ça c'était en semaine quand son mari n'était pas là, en déplacement pour son travail... Parce qu'au retour de Simon la rigueur d'une éducation sicilienne prenait le dessus. Savant équilibre entre la liberté et la complicité d'une maman la semaine et l'autorité paternelle le week-end. La vie de famille était réglée ainsi et tout le monde s'en portait à ravir !
Mamie, Victoria a été fidèle à elle-même. Aimante, fédératrice, la proximité géographique a grandement facilité les déjeuners et goûters auprès de ses petits à qui elle a transmis des valeurs humaines, prioritairement le respect des autres. Les souvenirs des vacances à la caravane, dans un camping où le confort était rudimentaire, sentent le parfum de la liberté.
Si le couple n'a pas beaucoup voyagé pendant l'activité professionnelles de Simon, il s'est bien rattrapé après. A l'occasion de voyages organisés Victoria et Simon ont eu le plaisir de découvrir le Mexique, la République dominicaine, la Tunisie, l'Espagne qu'ils affectionnaient particulièrement, la Sicile, la Corse où ils voulaient tant retourner ! Puis, ils aimaient aller une à deux fois par an en Touraine, où ils retrouvaient leurs amis de vacances avec qui ils aimaient faire la fête quelques semaines durant. La France ils la visitaient aussi, souvent pour retrouver leurs proches.
Victoria et Simon ont célébré leurs 50 et 60 ans de mariage entourés de leurs famille et amis. Revenons un instant sur le 50ème anniversaire de mariage, celui qui a été THE mariage puisque le premier a été rapide et sans fastes. Cette fois-ci la fête devait être un événement ! Et elle l'a été puisque les Elus de la commune de Lens ont fait venir la patrouille de France, rien que ça, et le commandant lui a remis un cadeau en main propre. Evidemment fière et émue, Victoria n'en revenait pas, elle qui n'avait pas mesuré la figure emblématique qu'elle était pour sa ville. Et pour cause, son humilité légendaire faisait qu'elle n'avait jamais souhaité aller aux repas en présence des Elus. Quand elle y allait, la gêne la faisait être discrète, mais après "un Ricard sinon rien" Victoria se montrait très sociable !
Si la Bretagne faisait parti d'un prochain projet de vacances, c'est à Montpellier que le couple s'est retrouvé en avril 2024, entouré de ses enfants et arrières petits-enfants et où Simon a pu revoir sa soeur après 12 ans d'éloignement. Ce sera leur dernier déplacement en famille. Là-bas, Victoria a commencé à montrer des signes de santé déclinante. Dès l'atterrissage Victoria avait verbalisé que cela serait son "dernier voyage". Et en effet, elle a été hospitalisée à son retour. Elle qui avait déjà ressenti des signes, elle n'avait pas voulu voir, pas voulu inquiéter, cette fois c'est un peu comme si elle s'était dit "voilà, maintenant qu'ils savent je peux partir". C'est elle qui a choisit son moment d'après ses proches. Le cancer, qu'elle trainait probablement depuis des mois sans vouloir en parler au médecin, s'est généralisé, jusqu'à être foudroyant. Victoria voulait qu'on la voit comme elle l'a toujours été, une battante. Elle ne voulait certainement pas que ses proches la voient souffrir. Elle s'en est allée vite, les derniers jours la parole l'a quittée. Et même si la mort lui faisait peur, montrer sa vulnérabilité était certainement pire pour Victoria, elle qui a vécu une guerre, elle ne voulait pas de négatif dans sa vie.
Mais comme elle a vécu, elle est partie entourée. Toute la famille a été là jusqu'à son dernier souffle, et plus encore, le monde se hâtait à son chevet de la chambre funéraire, à commencer par son kiné qui la suivait tous les jours depuis des années pour une "jambe d'éléphant" attrapée en 1971. Et elle n'est pas partie seule, dans son cercueil ont été posés des dessins d'enfants, sa bouteille et son verre de Ricard, une rose éternelle et un chapelet.
Les obsèques de Victoria ont été à la hauteur de sa vie. La cérémonie a eu lieu dans l'Eglise Polonaise de Lens, la messe a été prononcée en Polonais. Ses petits enfants Valentin et Amandine ont prononcé quelques mots, suivis de Valentine et Clochette. Ce sont ses petits-fils qui ont porté son cercueil, à l'image du soutien qu'ils lui ont manifesté toute sa vie durant au regard de celui que leur Mamie Toria leur a donné sans failles. Un juste retour de liens solides. Et pour matérialiser sa joie de vivre Victoria est sortie de l'Eglise portée par ses petits-fils sur la musique de Rosalie de Carlos ;)
A l'issu de la cérémonie religieuse, famille et amis se sont retrouvés à la buvette du club de foot de Loos-en-Gohelle pour fêter Mamie Toria. Et on peut dire qu'elle était bien présente à travers les petits coups de Ricard en sa mémoire et la bière Victoria, clin d'oeil à celle qu'on pourrait appeler "la grande dame sur l'échiquier".
Victoria aimait les gens. Accoudée à la barrière de son jardin, elle aimait regarder les passants, les saluait, un inconnu ne le restait jamais très longtemps ! Cette figure qui transmettait la joie de vivre manque aujourd'hui à tous ceux qui avaient l'habitude d'exister et d'être important une seconde après avoir croisé le regard de Victoria.
La vie sans Victoria n'a pas la même saveur, elle manque à tous, mais elle vit à travers les valeurs qu'elle a transmises et que chacun veut perpétuer. Simon a du mal à accepter, la maladie il n'en avait pas connaissance, c'est allé si vite ensuite. Le vide est abyssal. Et toute la famille est dans la peine, mais si Mamie Toria a rayonné toute sa vie, aujourd'hui elle brille dans le ciel grâce à une étoile achetée sur une application pour que sa lumière ne s'éteigne jamais.
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